Pendant longtemps, octobre n'avait aucune connotation particulière pour moi. Depuis 23 ans, c'est le mois de Maïté. Depuis 23 ans, je sais que c'est le mois de l'été indien - c'était l'automne, un automne où il faisait beau.... -, le mois où les arbres ruissellent d'or, flambant leurs dernières flammes avant l'hiver.
C'est un mois où on peut dormir une heure de plus - ce n'est pas pour rien que Maïté a choisi ce mois pour naître - , c'est le mois de la nuit blanche - ça non plus, ça ne lui a pas échappé - .
C'est le mois de la châtaigne et de la citrouille. Le mois des paquets de feuilles mortes et des marrons chauds.
Elle est belle, très belle. Elle est classe, très classe. Depuis plus de 30 ans, j'essaye d'arriver à sa cheville et je ne parviens même pas à son astragale.
Elle est si belle que quand il avait 20 ans, l'Homme gardait une photo d'elle à 18-20 ans dans son portefeuille en laissant planer le mystère sur l'identité de cette jolie inconnue avant de dire que c'était sa maman.
Elle a de magnifiques yeux saphir, des yeux.... myosotis, dont Maïté a hérité, comme la tête haute et fière d'ailleurs, qui tient à distance respectable les éventuels importuns.
Pendant toutes ces années de la petite enfance de mes trois rois, je n'ai pas toujours su apprécier sa gentillesse et sa sollicitude parce que parfois teintée de prise de contrôle mais je lui suis reconnaissante de l'amour inconditionnel qu'elle leur aura apporté et de la tranquillité d'esprit qu'elle m'a donné en les sachant dans les meilleures mains qui soient (après les miennes :-) ).
Je lui sais aussi infiniment gré d'avoir mis au monde un fils aussi extraordinaire et elle doit me concéder que j'en prends bien soin.
Elle a vécu une histoire d'amour à la "je t'aime moi non plus" pendant plus de 50 ans et aujourd'hui elle ne parle plus de son compagnon de chamaillerie que comme le meilleur des hommes, ce qu'il était, nous l'avons toujours dit. Il lui manque bien plus encore qu'il ne nous manque et sa peine est toujours présente sous son sourire joyeux.
Elle fête aujourd'hui ses 80 printemps. Belle mer, peu agitée, ciel sans nuages, beau soleil. Happy birthday !
Voilà dix jours que nous sommes rentrés de ce voyage hors du temps, de ce rêve à peine espéré. Les jours se suivent depuis et ne se ressemblent pas. On croit que le temps nous échappe, qu'il nous file entre les doigts. Ce n'est pas faux mais en même temps tant de choses se passent.
- On est allé voir un spectacle de marionnettes chez Toone, une institution pour nous, Bruxellois. Cela faisait des années que je voulais y aller sans jamais vraiment prendre l'initiative. Il a fallu que G. et C. nous en parlent pour concrétiser. Pour en profiter pleinement, il faut comprendre un peu le bruxellois. Ce n'est qu'alors qu'on en goûte toute sa saveur. Par chance, on y a rencontré Thomas qui manipulait quelques unes des marionnettes et qui nous a fait visiter les coulisses après le spectacle. J'adore voir l'envers du décor.
- On a fêté l'anniversaire de l'Homme chez sa maman. Pas de bougies, il a passé l'âge. De gros gâteaux à la crème fraîche comme on ne les aime pas mais qu'on mange quand même pour être polis et qui nous restent sur l'estomac tout l'après-midi. Je pense à tous les goûters d'anniversaire de mes enfants où toute la famille s'est farcie des gâteaux d'anniversaire, certes très beaux, mais parfaitement indigestes qu'ils ont mangé quand même pour être polis et qui leur sont restés sur l'estomac toute l'après-midi.
- J'ai eu mon évaluation annuelle et j'ai été abasourdie quand ma chef m'a dit que j'abattais une quantité de travail énorme et qu'elle n'avait jamais vu quelqu'un qui avait une telle capacité de travail. Et moi qui ai réduit mon rythme si pas de moitié, au moins d'un tiers. J'étais tellement surprise que je suis restée un moment la bouche ouverte. Mais tant mieux si c'est l'impression que je lui donne.
- J'ai participé pendant une journée à l'évaluation de candidatures de stagiaires pour l'automne prochain. Je n'en reviens pas de deux choses: d'une part, j'ai expérimenté de mon propre chef les conclusions d'un article scientifique que j'avais lu quelques jours avant: nous sommes terriblement manipulables et souvent à notre insu. Et je me suis rendu compte qu'effectivement, certains éléments dans les candidatures attiraient mon attention plus que d'autres: une date de naissance similaire à celles d'un proche, un nom ou un prénom italien ou grec, un diplôme d'une école que je connais, un loisir qui me parle. Comme si ces rapprochements donnaient plus de poids à la candidature. D'autre part, la plupart des candidatures provenaient de jeunes nés entre 1985 et 1987 et certains avaient l'âge de ma fille aînée. Et ils sont prêts à être lancés sur le marché du travail. Et cela m'a interpellée. Sans que je parvienne à définir le sentiment qui m'a habitée.
- J'ai retrouvé une bonne partie de mon sommeil grâce aux fleurs de Bach et je ne peux pas expliquer aux autres à quel point c'est un soulagement teinté d'un réel bonheur. Les bras de Morphée sont un élément essentiel de mon équilibre et de ma survie. Et ses infidélités de ces deux dernières années m'ont été très néfastes. Ah, le traître !
- Hier, Mamy L. a fait un petit accident vasculaire cérébral très léger et passager. Le brouillard qui l'a enveloppée pendant quelques heures s'est dissipé comme il est venu et pendant son séjour aux urgences, son oeil a retrouvé son pétillant et son débit est revenu à la normale. Ce matin, elle était gaie comme un pinson, contente d'être sortie d'un épisode dont elle n'a pas pris vraiment conscience non plus. On respire un peu mieux mais l'état de vigilance est déclaré.
- En vue de son prochain examen de cuisine, Anaïs nous a préparé une truite en poussant des cris d'orfraie. Le simple contact avec la peau glissante de la bête la dégoûtait au plus haut point malgré les gants qu'elle a absolument voulu enfiler. Je prie le ciel pour qu'elle tire un autre plat le jour de l'examen.
- Le reste du weekend s'est passé dans l'ordre et le rangement. On a remisé l'échafaudage qui gênait ma vue dans la cuisine et rangé quelques caisses à outils que l'Homme s'obstinait à vouloir garder sous la main plutôt que d'aller chercher les dits outils huit marches plus bas à l'entresol.
- Et j'ai terminé Zola Jackson de Gilles Leroy. Sublime. A lire.
La magie ne s'est pas arrêtée sur le quai de Santa Lucia. Nous avons passé deux jours dans une de nos villes préférées. Nous avons eu la chance de la visiter déjà plusieurs fois lorsque nous habitions l'Italie. Nous avons donc pu, sans complexes, quitter les sentiers trop battus, et nous échapper dans les ruelles abandonnées aux seuls Vénitiens. Et cette belle échappée a ravi le photographe fou qui se cache en l'Homme. Moi, j'ai moins l'âme d'une compagne de Tintin reporter (la preuve, celui-là n'a jamais trouvé de Castafiore à son pied) et le suivre - trois pas en avant, deux pas en arrière - est particulièrement épuisant. Lui avance au rythme de son zoom, moi, j'avance à l'allure du routard ou de n'importe quel autre guide de voyage plus original. J'ai besoin de savoir où regarder, lui sait où regarder; en bonne élève, je cherche à comprendre ce que je vois, compulse les explications, retient la petite histoire; lui, généralement sait tout ça - ou disons presque tout. Bonne fille, je le suis et j'essaye de me repérer sur le guide. Là, j'avais choisi de suivre les "Ballades de Corto Maltese" qui emmènent dans un Venise moins connu. J'ai essayé de prendre en route la ballade correspondant à l'endroit où nous mène Mr Nikon mais son zoom prend bien entendu la ballade à contresens. Comme j'ai pas mal de difficultés d'orientation, quand je dois traduire "tournez à droite" par "tournez à gauche" parce qu'on va à l'envers, rien ne va plus.
Mais Venise reste belle malgré la fatigue et la (légère) frustation.
Comme on a choisi un hôtel pas cher, j'avais dit qu'on remplacerait par un thé ou un apéro dans le bar d'un grand hôtel ou mieux au Harry's bar. On a fait une à une les recettes du livre de Harry Cipriani et je voulais goûter de mes propres papilles si on était vraiment loin du compte.
Quand on dit à un homme: "Ca te dirait d'aller boire un verre au Danieli ?", vous les femmes, vous traduisez "Ca me plairait d'aller boire un verre au Danieli !", non ? Et bien, un homme comme le mien, non, il comprend "Ca te dirait d''aller boire un verre au Danieli ?" et il répond "Non, pas vraiment." Dans un premier temps, on se dit: "Ok, pas maintenant, y'a justement le soleil qui se pointe, c'est le moment idéal pour les photos, ça donne une autre luminosité, etc...". Deuxième essai: "Ca te dirait d'aller boire un verre au Danieli ?" - "Non, pas vraiment." Troisième essai:..../.....
Bon, là, faut que je pleure. Facile, je suis crevée, j'ai mal aux pieds, mal à la hanche, j'ai froid, très froid. Je dois même pas jouer la comédie, ça coule tout seul. L'homme n'aime pas ça du tout, les larmes. Il marche silencieux, je le suis. "Où on va ?". "Ben, au Harry's bar puisque c'est CA que tu veux" soupire-t-il. Ah, c'est malin. Je vais arriver là avec des yeux de grenouille, ça va pas le faire.
Il a été séduit - comme toujours - et on a même réservé une table pour le soir. C'est pas donné mais c'est notre anniversaire de mariage aujourd'hui, que diable ! Seul hic, il faut patienter encore deux bonnes heures et pas question de retourner à l'hôtel, trop loin, on aurait juste le temps d'entrer et de sortir, même pas le temps de s'habiller, se maquiller et se recoiffer. Bon, qu'à cela ne tienne, je ferai avec les moyens du bord. Mais il va encore falloir marcher deux heures ??
Et le soir, j'ai eu le point d'orgue de mon cadeau d'anniversaire, petite crème catalane sur le gâteau, devinez qui dînait à la table voisine avec deux autres Espagnols et un Italien ? Un des trois ténors, José Carreras, él mismo. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite mais son visage m'intriguait. Quand j'ai compris, je n'ai plus pu quitter ni son visage ni leurs conversations. Je sais, c'est très impoli mais je fais ça discrètement. Parce que je suis une pipolette invétérée. Je me fiche comme de l'an quarante de ce que raconte la presse pipole mais en voir un en vrai de près, ça m'a toujours transportée un peu plus près des étoiles.
Alors, oui, vraiment, ce cadeau d'anniversaire valait tous les bijoux de la planète.
J’en rêve
depuis plus de 30 ans. Je ne sais pas quand cela a commencé mais je me souviens
de ce jour où ce train mythique était à quai à Bruxelles pour quelques jours
offert à la curiosité des visiteurs. Je devais avoir 18-20 ans et mon papa m’a
emmenée le visiter (ou était-ce l’inverse ?).Malgré une visite type Vatican (“Avancez svp, poussez-vous,y’en a d’autres derrière qui attendent !”), j’en ai gardé un
souvenir éblouissant.
Jamais je
n’aurais cru qu’un jour, moi aussi….
J’avais
essayé l’année dernière pour nos 25 ans de mariage mais je me suis fait
remettre sur les rails aussi sec (“Ca va
pas la tête ? Tu sais combien ça coûte ?).C’était sans compter sur la famille, les amis, qui ont remis
le train sur la bonne voie pour mes 50 ans. Et le rêve est devenu réalité.
Thalys
Bruxelles-Paris. Gare du Nord-Gare de l’Est. Accueil et petite mise en bouche
dans un lounge de la Gare de l’Est. Assez nul et qui fait déjà craindre à
l’Homme la suite du programme.Moi, je m’amuse à observer les personnalités qui attendent
l’embarquement. Un peu comme Hercule Poirot que j’ai bien sûr racheté pour
l’occasion. Beaucoup sont là pour la première fois, comme moi, visiblement pour
un cadeau d’anniversaire de mariage ou de dizaine. En couple, en famille ou en
couples de parents et d’enfants adultes. Très peu entre amis.
21h45: on
embarque. Le train bleu est encore plus beau que dans mon souvenir et pour une
fois, l’Homme est émerveillé (“Ah ouais,
c’est vrai qu’il est beau !”) – ouf, Dieu sait comme il est difficile
d’épater l’Homme. L’intérieur ne le décevra pas non plus. C’est splendide. Par
contre, je ne me rendais pas compte que les cabines étaient si petites. Se
changer pour le dîner dans 3m2, à deux, demande pas mal de patience et de
collaboration. Et encore, le train n’a pas encore démarré. Et pour cause, il
ne démarrera qu’à 1h15 du matin avec plus de trois heures de retard. La
locomotive était en panne et la loco de rechange se trouvait dans le Sud-Est de
la France.
Le dîner en compagnie d'une Mamie de 80 ans et de sa petite fille est tout à fait à la hauteur et la magie continue d'opérer. Pendant ce temps, le steward de notre wagon a joué les marraines de Cendrillon et a transformé notre dressing de 3m2 en chambre nuptiale. Bon, d'accord en lits superposés mais malgré tout, cela reste très glamour. La nuit, je dors peu, je ne veux pas en perdre une miette et je scrute le paysage dans la nuit. Je parviens à distinguer des forêts de grands sapins très impressionnants dans le noir. Je finis par m'endormir, sourire aux lèvres. Je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont fait ce cadeau.
Petit déjeuner dans la chambre, si l'on peut dire. A partir de là, le paysage commence à devenir totalement idyllique, on ne sait plus où regarder, par la fenêtre du wagon, par la fenêtre du couloir, je passe de l'un à l'autre et l'Homme clique-claque à tout va. Le train traverse la Suisse, l'Autriche, le Liechtenstein et passe les Alpes et des paysages de montagne au printemps défilent sous mes yeux émerveillés. Le train emprunte des voies peu fréquentées et prend son temps. C'est un TPV qui pousse des pointes à 130.
L'heure du déjeuner nous ramène au wagon-restaurant où le maître d"hôtel nous a réservé une table pour deux cette fois. Le chef est toujours à la hauteur. Le reste de l'après-midi s'écoule à la vitesse de l'éclair à travers des paysages de montagne tout simplement magnifiques. L'arrivée à Venise en soirée représente la fin d'un rêve.
Il y a des
choses qu’on ne fait qu’une fois dans sa vie. Vraiment ? Au dîner, j’ai entendu un
monsieur dire à sa maman : “C’est la
première fois qu’il part avec autant de retard!”.S’il dit cela, c’est que cela fait au moins 3 à 4 fois qu’il
le fait, ce voyage, non ?
Je peux
revenir pour mes 60 ans ? mes 70 ? mes 80 ?
- Voilà 40 ans que naissait ma petite soeur. Cela fait vraiment bizarre d'avoir une petite soeur de 40 ans. Il y a là comme un paradoxe. Et pourtant.... Swiss'Sis et moi lui avons offert, en attendant un vrai cadeau, un bouquet que je voulais de 40 roses. D'abord on a remplacé les roses par des renoncules et des pivoines, cela lui va mieux. Ensuite, le fleuriste peinait à rassembler ces 40 grosses tiges dans un seul bouquet, j'ai mis fin à son supplice à 32 fleurs. C'est de toute façon l'âge qu'elle fait, Sis'Cile !
- Ca y est, à mon grand désespoir, j'ai atteint mon poids de fin de grossesse de mon petit dernier. Je suis atterrée. Il est vraiment temps de faire quelque chose, il faut que ça s'arrête tout de suite !
Mariages:
- Un couple de nos amis marient leur aînée dans un an, en juillet 2011. Ils ont demandé à l'Homme de jouer le chauffeur de la mariée. A cette date, nous, en principe, on est toujours en vacances, loin. Ca me contrarie beaucoup plus que je ne voudrais. Où est ma flexibilité d'antan ? Je vieillis, je vieillis....
- Nos filles ont annoncé la couleur: pas de mariage pour elles. Choix respecté. Mais ça m'aurait bien plus moi d'être la mère de la mariée :-)
Décès:
- Jean Ferrat: Qui chantera désormais que la femme est l'avenir de l'homme ? Qui dira à quel point la montagne est belle ?
- Miguel Delibes: un écrivain espagnol peu connu chez nous mais extrêmement célèbre en Espagne. Et dont j'ai traduit .... la moitié d'un livre pour mon mémoire de fin d'études. El principe destronado, l'histoire d'un enfant de 3 ans que la naissance d'une petite soeur détrône de son statut de petit prince de la famille. Longtemps, Quico, le héroïnet de l'histoire, m'a accompagné dans mes rêves d'enfants et je me suis toujours juré que je ferais tout pour ne détrôner personne au fur et à mesure de la fabrication de la ribambelle d'enfants que j'allais avoir.....
Les sorcières et une fée se sont assorciées pour m'offrir un super cadeau d'anniversaire: un cours de cuisine tous ensemble (elles et les princes qu'on sort rarement) à l'Atelier Guy Martin, le grand chef du Grand Véfour à Paris.
Au programme: Déclinaison de mandarines au poivre de Séchouan; Bouquet de crevettes Obsiblue déclinées en bisque, grillées et pochées; Carpaccio de cervettes Obsiblue au kombu salé, fenouil croquant et pomme granny smithet la suite du weekend ensemble à Paris.
Le cours avait lieu à 11 heures, l'enterrement de Tante Danielle à ... 11 heures. Toute la famille m'a encouragée à partir à Paris, les sorcières et la fée ont insisté pour que je fasse ce dont j'avais vraiment envie: assister à l'enterrement. Elles m'ont convaincue. Ils ont suivi le cours sans moi, La seule personne inconnue dans le groupe autour de la table de Guy Martin était une Française qui avait reçu ce cours en cadeau de son mari pour ses... 50 ans. Ils ont chanté tous en choeur "Happy birthday" à cette "usurpatrice" :-)
Après l'enterrement, nous avons pris le train et nous les avons rejoints. Et le reste du weekend a été placé sous le signe de l'amitié, du rire, de la gourmandise et de la .....bise.
Un vent glacial nous a accompagnés pendant ces 24 heures chrono et l'on a passé notre temps à boire et manger pour se réchauffer (sauf quand on a mangé des glaces pour comparer deuxglaciers exquis). Mais le plaisir d'être fêtée, de retrouver les copines venues de France, de Bruxelles et d'Italie, de revoir les maris qu'on voit moins souvent, m'ont tenu le coeur bien au chaud à défaut du reste. Happy birthday me !
La semaine qui vient de s'écouler a été particulièrement chargée. Elle a plutôt mal commencé. J'ai été infiniment déçue par mon employeur. Il m'avait "promis" et a retourné sa veste. Sans scrupules et honteusement. J'ai vécu deux jours de colère. De rage. Et quand je suis en colère, je sens tout le pouvoir de nuisance que je peux avoir remonter à la surface, toute la loyauté que je peux avoir envers la boîte qui m'emploie fondre comme neige au soleil et l'enthousiasme qui me caractérise généralement tomber en-dessous des températures de cet hiver qui n'en finit pas.
Le léger refroidissement que j'avais s'est transformé en bon rhume, légère fièvre et toux sèche. Je somatise. Mais je suis incapable de rester en colère et je suppose que cela me perdra. Le boulot a repris le dessus et plutôt que de ruminer j'ai turbiné. Dommage, la colère m'aurait plus porté à réagir. Mais je dois sans doute la laisser retomber un peu, décanter, pour mieux l'utiliser ensuite, de manière non plus destructrice mais constructrice.
Les résultats du bac blanc de Quentin ne sont pas transcendants. Pas catastrophiques non plus. Mais je ne suis pas particulièrement rassurée sur ce qu'il nous concoctera en juin !
Anaïs, elle, a grandi aujourd'hui. Un an de plus, la majorité dans tous les pays du monde. Elle regrette bien de ne plus être un enfant mais se rend bien compte que non seulement le processus est irréversible mais aussi que grandir n'a pas que des inconvénients. Nous avons passé l'après-midi ensemble, à se faire une expo et un peu de shopping dans ce froid de canard. Deux jolis moments dans notre après-midi: une dame d'un âge certain se trouvait dans l'exposition sur les Sixties et restait campée devant une des robes exposées dans une vitrine. Son fils est arrivé derrière elle et elle s'est émerveillée : "Regarde, c'est ma robe, ils l'ont bien mise en valeur n'est-ce pas ?". Elle avait visiblement prêté sa robe pour l'expo. Un peu plus tard, un court moment de carnaval bolivien dans les rues où nous passions a mis un peu de soleil dans le coeur des passants transis de froid.
On a organisé une soirée apéro en lieu et place d'un bon repas ou d'un chouette resto et on a vidé 3 bouteilles de champagne à six. Ensuite, elle est sortie avec ses amis. Nous, on s'offre un film très sérieux mais interpellant "Good night and good luck !" sur le thème de la chasse aux sorcières.
J'ai pu fêter mon anniversaire exactement comme je le voulais. Je ne suis pas tombée sur ma rate en voulant passer par un vasistas parce que j'avais oublié mes clés (20 ans). Je n'ai pas raté mon gâteau d'anniversaire, moi qui ne rate jamais ceux des autres, et pour cause je ne les ai pas faits (30 ans). Personne n'a décidé de monter au ciel le matin de mon anniversaire (40 ans). Je me demandais vraiment ce qui allait me tomber dessus le 9 janvier. Et bien, rien de fâcheux ne m'est arrivé ce jour-là.
Ma famille, mes amis les plus chers, mes collègues les plus proches, mes sorcières bien-aimées et même Swiss'Sis via Skype, tout le monde était là pour m'aider à passer le cap.
J'ai invité les musiciens que je voulais: Papy blues, un chanteur de rue de 73 ans absolument fantastique. Je regrette de ne pas en avoir plus profité. Il fallait absolument qu'il reparte à 21h30 pour ne pas rater son dernier train pour Ostende et bien sûr de 20h à 21h, j'ai passé plus de temps à dire "bonjour" et "merci".
Et puis Renaud Patigny, pianiste de ragtime et de boogie woogie génial, qui a fasciné mon fils. Mamy B. m'a demandé aujourd'hui "Qui était ce monsieur qui ressemblait à Renaud Patigny ?". Ben, himself, Mamy....
On a dansé, ri, Anaïs et les sorcières m'ont préparé l'une un montage video adorable, les autres un discours digne de sorcières.
Et j'ai été joliment gâtée.
Avoir 50 ans dans ces conditions, ce n'est franchement pas trop dur....
Demain, les gentilles petites rides de rien du tout vont se creuser.
Demain, Newton me fera la nique et me prouvera par l'absurde qu'il avait bien raison et que la pesanteur ne va jamais que dans un seul sens.
Demain, mon oeil qui voit de loin et celui qui voit de près vont finir par se disputer et je devrai faire appel au médiateur à lunettes.
Demain, le gris sera la couleur tendance.
Demain, j'aurai trop chaud dans un frigo et des frissons en plein soleil.
Demain, mon humeur si agréable deviendra exécrable (Comment "ça ne peut pas être pire !?").
Demain, on me vouvoiera au bureau et on m'appellera Madame (en fait, déjà maintenant).
Demain, je devrai m'asseoir après une série de rocks.
Demain, ma peau aura autant d'éclat qu'un miroir sans tain.
Demain, je n'aurai plus d'enfants au quotidien.
Demain, je regarderai mes mains et passerai des heures à tergiverser "taches brunes ou grains de beauté ?".
Demain, j'aurai un magazine spécialement conçu pour moi, spécial Seniors, "Notre Temps" ou "Senior Actu".
Demain, j'aurai 50 ans.
Demain, je revis une nouvelle lune de miel sans enfants (fingers crossed !)
Demain, l'éclat de mes yeux sera plus utile que jamais pour éclairer le tout.
Demain, je continue à lire le "Elle".
Demain, je pourrai faire ce geste que je trouve très élégant d'enlever ses lunettes, de les tenir négligemment entre deux doigts, poser mon menton dans ma main et regarder mon interlocuteur dans les yeux.
Demain, je m'habille de couleurs vives.
Demain, je ne me lève plus dans le bus.
Demain, je ferai des petites pauses entre chaque danse mais je danserai.
Demain, je saurai mieux profiter de chaque instant.
Demain, j'aurai plus de temps à offrir à d'autres.
Demain, je dirai à Sharon, Carole, Kim, Meg, Inès, Michelle, et autres Madonna que moi aussi, je le vaux bien.